Le Souffle du temps
Oiseau incandescent, immuable, porteur de chants perdus,
Ô combien encore devrai-je en ce monde subir
D'ineffables souffrances, de dévorations charnelles,
Souffle inlassable, enflammé, balayant l'univers.
Avant moi ? le néant. Après moi, le déluge.
Et mon incandescence, illusoire apothéose,
Insignifiance sublime de mon existence,
Siècle après siècle, ô triste vanité du présent,
L'horizon n'est que flammes, le passé n'est que cendres.
Quelle mélodie rédemptrice pourrait-elle annihiler
Ces dæmons qui me poursuivent depuis ces temps oubliés ?
Les forges d'Euterpe n'existent pas, seule sa voix,
Son génie, son inspiration soufflent sur moi.
Les yeux fermés, j'entends, j'entends hurler le passé !
Explosions oniriques, folie dévoyée, échos lointains…
Oiseau incandescent, immuable, porteur de chants perdus,
Ô je t'en prie, Néant ! Ouvre tes bras, accueille-moi,
Montre-moi la poétique des flammes, pour qu'enfin,
En ton sein, la grâce æternelle me soit offerte.