Le Banquet
Sous un voile de pourpre, festoyaient bruyamment des hôtes complaisants et leurs invités d'Orient. Les premiers s'allongeaient ou mangeaient accroupis ; d'autres, sur le ventre, tiraient à eux la viande et se rassasiaient, appuyés sur les coudes, dans la pose pacifique des lions lorsqu'ils dépècent leurs proies. Dans cette clameur, les terminaisons élégantes de la langue des premiers se heurtaient aux consonnes du désert, âpres comme des cris de chacal.
Sur la grande table du banquet, des jambes s'éployaient, tenues écartées par les hommes du désert. Dieu ! c'était là la belle ange, chacun l'enfourchait, l'un après l'autre, parfois même à deux — et les hôtes, ses enfants, regardaient, indulgents.
Sur la table, le corps de la jeune femme et son sang se mêlaient aux sauces et aux jus ; elle était devenue, sous la violence des hommes des sables, viande parmi les viandes. On aurait pu brûler le Louvre ou Notre-Dame, les yeux de ses fils auraient été tout autant éteints : ils se gavaient de viande et s'abreuvaient de vin — rien d'autre pour eux n'importait.